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RETOUR D’ARGENTINE

 Me revoici donc en France, que j’ai quittée le 5 janvier au matin. Ce fait est important pour les deux pays, car pendant cette période 2 événements qui ont eu lieu dans ces 2 pays ont marqué le monde.

Commençons par l’Argentine, avec la mort du Procureur Nisman qui était en charge d’un dossier délicat et disposait de centaines d’heures d’écoutes, notamment sur les membres du gouvernement. Alberto Nisman, qui suivait depuis des années l’affaire de l’attentat de l’Amia (association mutuelle israélo-argentine),a été retrouvé mort le matin même où il devait énoncer devant le congrès les conclusions de son enquête, dont il avait dit qu’elle s’orientait vers l’Iran et que des membres du gouvernement avaient couvert les coupables contre de juteux accords pétroliers. Cette affaire aurait pu se poursuivre par la mise en examen de hautes personnalités du gouvernement.

Le lendemain, la présidente Christine Kirchner publiait sur Facebook un long document défendant sa personne et faisant quelques sous-entendus sur le juge en question, évoquant le suicide.

Qui, dans le monde, pourrait croire à cette thèse ? Les argentins pro-k (Kirchner) y croyaient dur comme fer, jusqu’à ce que cette théorie vole en éclats. Les informations paraissaient amener toujours plus de flou, au lieu d’éclaircir le cas pour faire avancer la justice.

Là aussi, sans trop savoir les répercussions de cette affaire en France, la nécessité d’un regard extérieur aide à prendre de la distance et à se mettre du côté de la victime (pas un mot de compassion ou de condoléances de la part de la présidente envers la famille du défunt), puis à réfléchir pour trouver les causes du problème et  essayer de les changer : une justice soumise au pouvoir et des responsables politiques mafieux au point d’éliminer quelqu’un qui devient gênant pour eux, quels que soient les moyens nécessaires.

Autre événement : l’attentat en France. C’était intéressant d’être a l’étranger car j’ai a peine vu quelques images, mais comme à mon habitude, j’ai beaucoup partagé avec tous ceux que je croisais. Je retiendrai simplement la parole du curé de la villa, Pedro : « Quand il y a un acte violent, la priorité est toujours de se mettre du côté de la victime ». C’est ce que nombre de français ont fait en se rassemblant au nom de « je suis Charlie », et je le comprends. Il est probable que j’y aurai participé aussi. On ne peut accepter que des personnes soient assassinées et la meilleure réponse est de faire front pour dire ensemble non a la violence, au terrorisme.

Mais il y a aussi une 2′ étape, tout aussi importante : celle de chercher les causes de cette violence. Et là, les argentins étaient unanimes : la revue Charlie Hebdo était sciemment violente, scandaleuse, par ses propos. Cette satyre assumée peut paraître habituelle a ceux qui, comme moi, la perçoivent depuis des années dans leur entourage. Mais ailleurs, ce message ne passe pas : des argentins de tous bords m’ont dit être choqués par cette revue, cette façon de malsaine de rabaisser la croyance de l’islam en l’enlaidissant. Sommes-nous tellement habitués à ces horreurs ? Si des chrétiens se disaient choqués de ce qu’ils voyaient de l’islam, comment des musulmans ne pouvaient pas l’être ?

La liberté d’expression, vue de France, souveraine (en tout cas au-dessus des religions) paraît pouvoir se passer du respect de l’autre, de sa croyance, quand un esprit laïciste, extrême, la porte. Elle est surtout portée en étendard par un gouvernement qui hait les religions ou essaie de les utiliser comme instruments.

Cette liberté serait-elle aussi vantée si l’on utilisait les mêmes style de dessins pour commenter ces mêmes attentats, mais du côté des agresseurs ? Je crois que l’on serait scandalisé. Et avec justesse. Non, la liberté d’expression ne permet pas tout. Alors, dans cette 2′ étape, je ne suis pas Charlie. Cela me fait mal que l’on attaque de manière vulgaire ma religion, ma foi, ou celle d’autres.

Mon pays, la France, est un lieu de partage, de dialogue entre gens d’idées et d’opinions différentes. C’est une de ses forces. Cela force l’admiration de beaucoup dans le monde d’aujourd’hui.

Mon pays est un pays où vivent des gens de provenance diverses, de cultures, croyance et réglions très différentes. Je crois que notre force est cette heureuse entente, cette joie de vivre ensemble, d’être voisins, de se souder autour d’événements forts, d’avoir un seul drapeau, de refuser la peur qui fait de tout autre un ennemi, mais au contraire un frère, quelqu’un a découvrir.

La laïcité en France doit être ce lieu de partage entre tous, dans le respect, pour que chacun puisse découvrir les racines de l’autre, sa vie spirituelle et mystique, et s’en nourrir. Loin des extrêmes qui veulent éliminer de l’espace public, instrumentaliser les religions, ou nous apprendre d’abord à nous méfier du croyant ou de l’autre avant de faire confiance, je crois que mon pays est celui du partage, de la rencontre, de l’accueil, de l’hospitalité. Je crois que nous avons à avancer pour remettre ces valeurs au cœur du vivre ensemble, de notre société. Ce n’est pas l’économie qui rendra les français heureux, mais une manière unique de vivre la liberté, l’égalité, la fraternité. A nous de les porter haut, de les revendiquer, de les vivre.

Amen !

Daniel RIGAUD