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Le rapport à l’image

 

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Suite à mon voyage à Rome et en pensant à nombre de célébration que je préside, il m’est venu cette réflexion, que je te livre :

 Pendant les voyages touristiques ou pendant une messe, baptême ou autre événement familial et public, il y a aujourd’hui, grâce au progrès technique, une foule de personnes prêtes à prendre des photos. Je me sens concernė car je fais quelquefois partie de ces gens-la !

 À qui n’est-il pas arrivė, lors d’un de ces moments, de se sentir confus parce que quelqu’un derrière nous dit que l’on n’est pas transparent !

Il est étonnant de découvrir que quand on regarde un cadre pour mémoriser un événement (appareil photo, téléphone portable…), tout le reste disparaît et on ne se rend plus compte de sa propre existence, notamment corporelle (tu n’es pas transparent !).

 Il m’est ainsi arrivė qu’un papa de fiancée passe de l’autre côté de l’autel au cours du mariage, sans aucune idée de ce qu’il faisait ni du fait que tout le monde le voyait à lui, qui ne voyait que son enfant chérie !

À Rome, j’ai été témoin de cela jusqu’à l’écœurement : des personnes entrent dans une basilique, un lieu témoin de l’histoire humaine, appareil photo à la main, et en ressortent sans avoir sorti leurs yeux du cadre ! Tout en ayant bousculé tout le monde !

 Ma réflexion sur ce sujet se veut constructive :

Quel est mon rapport à l’image, qu’est ce qu’il est important de retenir d’un lieu, d’une fête ou d’une célébration ? Comment faire pour à la fois en profiter et en garder un vrai souvenir ?

Je me souviens du sketch de ce comique quand le papa filmait la naissance de son fils en direct, la mère disant : « tu n’auras pas un enfant, tu auras une cassette vidéo ! »

Grâce au progrès technique, nous sommes passés de quelques photos familiales très codifiées ( costume, pose prévisible, sérieux ou sourire forcė) à une démultiplication des photos si bien que les jeunes générations sont totalement décomplexées vis à vis de l’image et s’en servent sans toujours se rendre compte de la signification que d’autres peuvent lui donner… (Dès la naissance, on a des milliers de photos de bébé dans toutes les poses possibles).

 Quand on visite un monument, li y a beaucoup de chances pour que ce que l’on va prendre en photo l’ait déjà été par des professionnels, dans de meilleures conditions d’éclairage, de cadrage et avec du meilleur matériel ! « Ce qui m’intéresse, me disait un des pèlerins de Rome, c’est que c’est moi qui ai pris la photo de cet endroit-la. » Ainsi donc la photo n’est donc pas importante dans ce qu’elle montre mais dans le fait que c’est moi qui l’ai prise, et qui vais me souvenir que j’ai été là, à tel jour et telle heure. La qualité passe donc au second plan au profit de l’auteur. J’ai donc vu des personnes entrer dans une pièce et mettre leur appareil en fonction mitraillage tout en le baladant tout autour d’eux : sur des centaines de photos, il y en aura bien une de bonne…

Beaucoup de gens, quand ils vient à un baptême par exemple, se sont donnés par avance ce rôle de photographe ( sans y avoir été toujours invités) et sont tout étonnés si on leur dit que les photos auront lieu seulement à la fin : ils ne se sont pas préparés à vivre un événement, seulement à prendre des photos !

L’autre versant de ce thème est l’utilisation des photos : j’ai là aussi le souvenir d’interminables séances de visionnage avec quelqu’un qui, tout fier de son voyage/ participation à un événement, montrait tout sans avoir fait aucun tri : il y aurait un sketch à faire là-dessus ! (200 photos à supporter !)

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 Le plus simple pour résoudre cela me paraît la réflexion avant de participer à un élément :

« Quel souvenir j’aimerais garder de ce moment ?  Quel moment je ne veux absolument pas rater ? Qu’est-ce qui est le plus important aujourd’hui pour moi, pour eux ?

A qui et à qui cela va t-il servir? A qui vais-je montrer/offrir mes photos ? Avec qui je serai heureux de les partager ? »

 J’ai ouvert un dialogue, à toi d’apporter ta pierre !

D.R.

TIMBUKTU

Timbuktu, aussi appelé Le Chagrin des oiseaux1, est un film dramatique franco-mauritanien réalisé par Abderrahmane Sissako, sorti en 2014

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Etrange que ce film qui conte le destin de plusieurs personnages de Tombouctou, surtout une famille, qui se croisent, s’aiment, se déchirent, se tuent…

La narration est spéciale, l’histoire terrible quand on découvre une main-mise totalement arbitraire d’un groupe religieux sur une population, qui même si elle résiste, perd peu à peu à pied et ne se révolte pas.

On y découvre aussi les mensonges, les petitesses humaines qui sont le lot de chacun…

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Difficile quand il faut traduire à longueur de temps (mais était-ce nécessaire de nous infliger tant de scènes ou chaque dialogue est répété 2 ou 3 fois ?)…

Qu’en tirer ? Qu’un système où des gens font ce qu’ils veulent conduit à la mort : certain.

Que l’islam montré (réel ?) broie des populations qui vivaient une foi réelle et ancrée dans leur vie, mais qui devient une ignominie à force d’absurdité.

Que malgré tout l’amour, la courage continuent d’animer l’humanité jusque dans la folie (étrange femme apparemment folle qui paraît être la seule à surnager).

Que les enfants sont le meilleur de ce monde, qu’ils transcendent ceux qui les aiment.

Que l’Afrique profonde a des soucis avec un certain islam…

Que l’on a envie d’aider sans savoir quoi faire, car il y a peu de réflexion dans ce film pour savoir d’ou vient ce phénomène (ces étrangers qui font la loi, les armes omniprésentes…), que le radicalisme gagne là où l’on pensait qu’il reste des racines dans ce monde où l’occident parait niveler tout par le bas…

En un mot peu d’espoir…

Reste le visage d’une enfant, magnifique, libre, perdue comme une biche qu’on essouffle avant de l’abattre…

D.R.

Black Pearl

La perle noire

(Black Pearl dans la langue de nos ennemis jurés, adversaires pendant quelques matches de rugby, amis parfois aussi heureusement !)

 Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait de maquette, alors je voulais savoir si j’en étais toujours capable…

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Voilà le résultat : sans colle, avec seulement des parties à tourner ou plier, mais nécessitant de bons yeux et une dextérité fine, voici donc ce modèle de chez Metal hearth (toujours du métal, je sais…)…

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Sa taille ? quelques centimètres…

La gravure est belle !

Admire !

Par contre, une question : cette dernière photo est unique, impossible à faire dans des conditions normales… : qu’est-ce qui fait qu’elle est si spéciale ????? Allez, un peu de réflexion !

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Solution : (le drapeau est effectivement en couleur, mais c'est le reflet de l'autocollant "croix du Languedoc" à l'arrière de mon Ipad qui donne ce rendu impossible à reproduire donc... il m'a fallu un moment avant de comprendre pourquoi il y avait ces couleurs sur ma photo !)

Pleine Lune

BD de Chabouté chez Vent d’Ouest, 2000

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C’es l’histoire d’un petit fonctionnaire français qui rentre chez lui après le travail…

Le pire coté de la France ressort ici : bassesse, racisme, alcoolisme, ambition dans le travail…

Tout cela au service d’une histoire simple qui montre nos mauvais cotés…

A lire non pas pour le dessin (horrible !) mais pour ce scénario qui éclaire nos mauvais penchants et nous invite à regarder de plus près la distance qui nous sépare du rejet, de la pauvreté, de le descente aux enfers…

intéressant aussi pour affiner la frontière qui nous sépare de la déchéance, de l’exclusion : en une nuit, cet homme (on ne peut l’appeler pauvre !) vit une descente aux enfers mais aussi une entrée dans une réalité qu’il ne voulait ni ne pouvait voir… N’est-ce pas aussi notre cas, quand nous restons dans notre cocon, avec nos amis, bien-pensants entre nous ? Cela donne au moins à penser…

Utile pour une réflexion, mais pas pour un bon moment à passer… ce n’est pas un « comic  » !

 D.R.

Lettre a Diognète

Un texte du 1° siècle de l’Eglise dont je ne me lasse pas, car il dit beaucoup avec une actualité étonnante…

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres ; ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine.

Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire.

Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie. Les Juifs leur font la guerre comme à des étrangers, et les Grecs les persécutent ; ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité.

En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde. L’âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible; ainsi les chrétiens : on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible. La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ait fait de tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs ; de même le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs.

L’âme aime cette chair qui la déteste, ainsi que ses membres, comme les chrétiens aiment ceux qui les détestent. L’âme est enfermée dans le corps, mais c’est elle qui maintient le corps ; et les chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde, mais c’est eux qui maintiennent le monde. L’âme immortelle campe dans une tente mortelle : ainsi les chrétiens campent-ils dans le monde corruptible, en attendant l’incorruptibilité du ciel. L’âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif ; et les chrétiens, persécutés, se multiplient de jour en jour. Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter.

 

L’Épître à Diognète est une lettre d’un auteur chrétien anonyme qui date de la fin du iie siècle. Il s’agit d’un écrit apologétique adressé à Diognète pour démontrer la nouveauté radicale du christianisme sur la paganisme et le judaïsme.

Le seul manuscrit connu a été découvert dans une poissonnerie de Constantinople au xve siècle, puis après de nombreuses péripéties, a brûlé lors de l’incendie de la bibliothèque de Strasbourg en 1870. C’est Henri-Irénée Marrou qui l’a édité et a retracé l’histoire du manuscrit en 1951.

 

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L’Apôtre

Film français, 2014

Dans ces temps complexes pour ce qui est des religions en France et dans le monde, voici un film difficile : c’est l’histoire d’Akim, un musulman dont l’oncle espère faire un imam pour sa mosquée, qui se convertit à Jésus Christ.

Le début du film est fouillis, montrant une famille ou tout le monde parle en même temps, mais heureusement cela évolue rapidement.

Le film est assez fin, même si le contexte familial montré (la soeur complice et compréhensive, le frère violent en pensée et en paroles, les parents à la fois dépassés et généreux) est assez particulier.

J’ai beaucoup aimé le rôle de Fabien, le chrétien qui devient ami par un concours de circonstance, qui sait peu de choses de la foi. Cependant, il parait peu solide au niveau de ses convictions chrétiennes. Cela n’en fait que plus ressortir l’expérience personnelle que vit Akim, et c’est l’intérêt du film : la conversion est avant tout une histoire personnelle, intime, difficilement explicable, et ce sont surtout les conséquences que doivent gérer les protagonistes.

Le rejet et la violence subis par les convertis au catholicisme sont évoqués, sujet assez tabou jusqu’ici.

Faut-il faire de la publicité à ce genre de film ? Il a paru a un moment ou l’actualité montre que XXI° siècle est religieux, il peut permettre un débat ou pas… Je le trouve en tout cas intéressant, même si le final est assez facile.

Par contre, une incompréhension :; chaque fois qu’Akim se retrouve face à une difficulté profonde et qu’il le partage, ses interlocuteurs (Fabien et sa mère) se mettent à rire, comme si l’on ne pouvait avoir une parole pour accompagner quelqu’un dans sa quête d’identité humaine ou spirituelle. C’est le point faible du film pour moi.

contexte historique :

Dans le contexte de l’attentat contre Charlie Hebdo début janvier 2015, et sur demande de la DGSI, deux projections de ce film à Neuilly5 et à Nantes sont temporairement déprogrammées par crainte d’un attentat6. (tiré de Wikipedia)

Note : vert

Film pour réfléchir sans trop se faire de noeuds…

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Mon système de notation :

Gris :  A ne pas revoir – inutile – dispensable – nul

Orange : violent – sexuel – thème difficile mais intéressant

vert : peut se regarder sans problème

Bleu : indispensable,  superbe, thème fort, permet de réfléchir de manière intéressant, fabuleux…

Le régime du bonheur

Mercredi des Cendres – Homélie

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40 jours pour transformer notre cœur, pour devenir des « ambassadeurs du Christ », comme le dit saint Paul dans la 2° lecture de ce jour

Creusons ensemble les vrais désirs de nos cœurs, de nos vies :

  • Qu’est ce que je veux au plus profond de moi ?
  • Comment trouver le vrai bonheur à partir de ce qu’est ma vie ?
  • Comment avancer sans me laisser bercer d’illusions, de rêves inutiles ?

Recevoir les Cendres, c’est se reconnaître incapable de réussir sa vie sans Dieu. Accepter que sans l’aide du créateur ma vie n’est que poussière, qu’elle va vers sa ruine et que toute tentative de faire le bien est un échec. Nous allons les recevoir sur notre front, avec le signe de la croix. Ces cendres doivent être le ferment d’une vie nouvelle. Comme on a envie de les enlever pour ne pas en rester la, pour être propres, parce qu’elles nous gênent, qu’elles soient pour nous l’occasion d’un effort pour améliorer notre existence spirituellement.

Il faut quelquefois aller jusqu’au bout du désespoir pour oser être et devenir soi-même :

  • le père Gaben, prêtre de notre diocèse qui a été dans les camps de la mort, avait vécu des événements horribles, qui pourtant n’en avait pas fait une personne triste ou revancharde : au contraire, c’était un homme d’une immense bonté, qui était toujours gentil avec ceux qu’il rencontrait…
  • Un ami, dont l’accident de moto a transformé la vie : lia découvert que Dieu l’avait sauvé et a décidé de commencer à vivre ce qu’il voulait vraiment faire, en laissant de coté ce qui n’était pas important.

Dieu nous donne 40 jours pour l’accueillir en vérité, pour faire de nos décisions, de nos gestes, de nos actes des actes de Dieu, pour ressusciter avec Jésus.

Saint Paul : « Ne laissez pas sans effets la grâce reçue de Dieu ».

Dieu nous donne tout, mais il faut purifier notre vie, faire un régime spirituel pour devenir enfin des chrétiens en chemin de sainteté, capable de transformer vraiment ce monde, pour y apporter une pierre utile. Ce n’est pas la générosité de Dieu qui manque, c’est notre manière de la recevoir qui est à améliorer.

Dans le concret : Jésus nous offre le chemin principal : jeûne, prière et partage.

Nous devons prendre un peu de temps, chacun, pour décider ce que nous allons faire durant ce carême. Et le faire sans bruit : tout partage avec d’autres serait une manière recevoir déjà la gloire, et donc de perdre l’occasion de grandir en humanité et en sainteté. Ce que je fais, je le fais pour Dieu seulement, même si cela change ma vie avec les autres.

Pour ma part j’écris les efforts que je vais faire pendant le carême, pour les graver mais aussi pour pouvoir les relire.

Le Pape François nous propose de tenir fermes, et nous donne quelques pistes pour vivre cette année. La paroisse également.

40 jour d’effort humains (et pas surhumains, restons humbles) pour acquérir la sainteté, voilà le vrai régime du bonheur !

Prenons le temps maintenant, aujourd’hui, cette semaine, de prendre les décisions pour vivre ce carême comme une chance pour notre vie : Dieu nous comblera au-delà de nos espérances, comme toujours.

Textes du jour : http://levangileauquotidien.org/M/FR/

Père Daniel

RETOUR D’ARGENTINE

 Me revoici donc en France, que j’ai quittée le 5 janvier au matin. Ce fait est important pour les deux pays, car pendant cette période 2 événements qui ont eu lieu dans ces 2 pays ont marqué le monde.

Commençons par l’Argentine, avec la mort du Procureur Nisman qui était en charge d’un dossier délicat et disposait de centaines d’heures d’écoutes, notamment sur les membres du gouvernement. Alberto Nisman, qui suivait depuis des années l’affaire de l’attentat de l’Amia (association mutuelle israélo-argentine),a été retrouvé mort le matin même où il devait énoncer devant le congrès les conclusions de son enquête, dont il avait dit qu’elle s’orientait vers l’Iran et que des membres du gouvernement avaient couvert les coupables contre de juteux accords pétroliers. Cette affaire aurait pu se poursuivre par la mise en examen de hautes personnalités du gouvernement.

Le lendemain, la présidente Christine Kirchner publiait sur Facebook un long document défendant sa personne et faisant quelques sous-entendus sur le juge en question, évoquant le suicide.

Qui, dans le monde, pourrait croire à cette thèse ? Les argentins pro-k (Kirchner) y croyaient dur comme fer, jusqu’à ce que cette théorie vole en éclats. Les informations paraissaient amener toujours plus de flou, au lieu d’éclaircir le cas pour faire avancer la justice.

Là aussi, sans trop savoir les répercussions de cette affaire en France, la nécessité d’un regard extérieur aide à prendre de la distance et à se mettre du côté de la victime (pas un mot de compassion ou de condoléances de la part de la présidente envers la famille du défunt), puis à réfléchir pour trouver les causes du problème et  essayer de les changer : une justice soumise au pouvoir et des responsables politiques mafieux au point d’éliminer quelqu’un qui devient gênant pour eux, quels que soient les moyens nécessaires.

Autre événement : l’attentat en France. C’était intéressant d’être a l’étranger car j’ai a peine vu quelques images, mais comme à mon habitude, j’ai beaucoup partagé avec tous ceux que je croisais. Je retiendrai simplement la parole du curé de la villa, Pedro : « Quand il y a un acte violent, la priorité est toujours de se mettre du côté de la victime ». C’est ce que nombre de français ont fait en se rassemblant au nom de « je suis Charlie », et je le comprends. Il est probable que j’y aurai participé aussi. On ne peut accepter que des personnes soient assassinées et la meilleure réponse est de faire front pour dire ensemble non a la violence, au terrorisme.

Mais il y a aussi une 2′ étape, tout aussi importante : celle de chercher les causes de cette violence. Et là, les argentins étaient unanimes : la revue Charlie Hebdo était sciemment violente, scandaleuse, par ses propos. Cette satyre assumée peut paraître habituelle a ceux qui, comme moi, la perçoivent depuis des années dans leur entourage. Mais ailleurs, ce message ne passe pas : des argentins de tous bords m’ont dit être choqués par cette revue, cette façon de malsaine de rabaisser la croyance de l’islam en l’enlaidissant. Sommes-nous tellement habitués à ces horreurs ? Si des chrétiens se disaient choqués de ce qu’ils voyaient de l’islam, comment des musulmans ne pouvaient pas l’être ?

La liberté d’expression, vue de France, souveraine (en tout cas au-dessus des religions) paraît pouvoir se passer du respect de l’autre, de sa croyance, quand un esprit laïciste, extrême, la porte. Elle est surtout portée en étendard par un gouvernement qui hait les religions ou essaie de les utiliser comme instruments.

Cette liberté serait-elle aussi vantée si l’on utilisait les mêmes style de dessins pour commenter ces mêmes attentats, mais du côté des agresseurs ? Je crois que l’on serait scandalisé. Et avec justesse. Non, la liberté d’expression ne permet pas tout. Alors, dans cette 2′ étape, je ne suis pas Charlie. Cela me fait mal que l’on attaque de manière vulgaire ma religion, ma foi, ou celle d’autres.

Mon pays, la France, est un lieu de partage, de dialogue entre gens d’idées et d’opinions différentes. C’est une de ses forces. Cela force l’admiration de beaucoup dans le monde d’aujourd’hui.

Mon pays est un pays où vivent des gens de provenance diverses, de cultures, croyance et réglions très différentes. Je crois que notre force est cette heureuse entente, cette joie de vivre ensemble, d’être voisins, de se souder autour d’événements forts, d’avoir un seul drapeau, de refuser la peur qui fait de tout autre un ennemi, mais au contraire un frère, quelqu’un a découvrir.

La laïcité en France doit être ce lieu de partage entre tous, dans le respect, pour que chacun puisse découvrir les racines de l’autre, sa vie spirituelle et mystique, et s’en nourrir. Loin des extrêmes qui veulent éliminer de l’espace public, instrumentaliser les religions, ou nous apprendre d’abord à nous méfier du croyant ou de l’autre avant de faire confiance, je crois que mon pays est celui du partage, de la rencontre, de l’accueil, de l’hospitalité. Je crois que nous avons à avancer pour remettre ces valeurs au cœur du vivre ensemble, de notre société. Ce n’est pas l’économie qui rendra les français heureux, mais une manière unique de vivre la liberté, l’égalité, la fraternité. A nous de les porter haut, de les revendiquer, de les vivre.

Amen !

Daniel RIGAUD

SURPRISE !

 Il est temps de te parler d’un projet que nous portons à 2, mon ami Marc et moi, depuis quelques années : éditer un jeu de notre invention !

Après maintes péripéties, nous sommes en passe de faire un premier pas avec l’acceptation du festival du jeu de Toulouse de nous mettre à disposition pour proposer notre jeu (ainsi qu’un second).

Les auteurs (merci Julien !) :

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Lien vers le site du festival : http://toulouse.festivaldujeu.fr

Les dates : 10,11 et 12 mai au parc des expositions de Toulouse !

Le jeu a été testé par des dizaines de petites mains (merci à tous), a été revu maintes et maintes fois, et il y a encore des surprises à la clé !

Sans vous gâcher la joie de le tester sur place, voici une présentation rapide de la future bombe du jeu de société !

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4 à 8 joueurs  à partir de 8 ans, pour 60 minutes de course effrénée et de pièges en tous genre !

But : être le premier être à obtenir plus de **? en terminant la course dans les sous-bois

Moyens : ramasser des plantes et des champignons, prendre des photos, pousser les autres ou leur sauter par-dessus, effrayer les animaux et terminer en tête !

quelques éléments du jeu : jeu

Nous en sommes à la version 5 des règles, mais le plateau, l’imaginaire, les règles ont été changés des dizaines de fois, et ce n’est pas fini!

Pourtant, aujourd’hui le « bébé » est presque prêt, alors souhaite-nous bonne chance et au mois de mai !

Dimanche des rameaux

Con palmas30 pièces d’argent : voilà ce que coûte l’amitié pour Judas. La trahison, la déception que Jésus ne soit pas exactement ce qu’il attend de lui (un chef de guerre pour bouter les romains hors de Palestine, un magicien qui oblige par ses signes à croire en lui) est à ce prix. Et pour moi, combien vaut l’amitié ? Quel prix suis-je prêt à payer pour garder un ami, un conjoint, pour renouveler l’amitié ou l´amour? Pour pardonner?

Dans un groupe comme celui des apôtres, quand on accuse publiquement l’un de ses membres de trahison comme Jésus le fait lors du dernier repas, chacun se sent concerné, comme s’il avait lui même trahi.

Pourtant, la question de Jésus est plus forte encore, car dans quelques heures ils le lâcheront tous.

Et moi ? Combien de fois ai-je trahi Jésus, le laissant se faire arrêter, torturer, juger pour me débarrasser de lui, sans avoir réagi ? Combien de fois ai-je été lâche dans ma vie, en tant que personne et en tant que chrétien ?

Je me souviens d’un soir à l’armée, où un de mes voisins de chambrée était « embêté » par des plus anciens que nous, et ou je n’ai pas réagi. Chaque fois que l’on parle de courage ou de trahison, j’ai cette image qui me revient en mémoire , comme le souvenir douloureux que moi aussi, je suis capable de trahir les miens, mes amis, ceux que j’aime. C’est d’autant plus douloureux que j’ai aussi, dans ma vie, eu quelques moments de courage, ou j’ai refusé l’injustice, la violence. Nous avons, toujours, le choix.

On dit de la presse qu’avec chaque personne qu’elle met sous le feu des projecteurs, elle utilise les 3 « L » : lécher, lâcher, lyncher. Il en est de même pour les juifs envers Jésus, et pour nous, parfois.

Premier temps, celui que nous célébrons ce dimanche : le triomphe. Jésus rentre à Jérusalem, ville sainte, comme un roi. Un roi simple, il est vrai, mais cette liesse, cette joie sont simples, spontanées, sans arrière-pensée ni machination: dans les faubourgs, on crie et adule celui qui a fait des signes extraordinaire, celui qui vient de Dieu, qui est son messager et qui annonce un règne nouveau, celui de la justice de Dieu, celui ou chacun est aimé et respecté pour ce qu’il est, pas pour ce qu’il paraît. On acclame, on chante, on est joyeux et on se dit qu’enfin le monde peut vraiment changer, qu’on va participer à ce changement, qu’on va en être le témoin. Quelle joie, quel bonheur !

Puis en quelques jours, tout change : la tension grandit, on se rend compte que tout n’est peut-être pas si simple, que les autorités ne se laisseront pas faire, qu’elles ne sont pas de son côté, qu’il vaudrait peut-être mieux oublier les rêves de changement et peut-être même supprimer ce Jésus qui nous a fait rêver, un instant, d’un autre avenir possible… D’un Messie, envoyé de Dieu, il devint un problème. D’une personne, il devient une question. D’un porteur d’espoir, il se change en faux prophète, en menteur. Qu’il disparaisse !

En cette semaine sainte, Jésus met en lumière notre humanité dans ce qu’elle peut avoir de meilleur ou de pire, et il nous invite à l’accompagner sur le chemin du salut. A ses côtés, en suivant ses pas, nous pouvons revivre les mêmes émotions : de la complicité avec ses apôtres lors du dernier repas, de son cœur qui a du se serrer quand il a dit ces paroles adressées à Judas et qu’il l’a vu s’enfuir, à la tension physique et psychologique au jardin des oliviers, jusqu’à l’abandon à la justice in-humaine, la lâcheté, la violence « gratuite » (celle-ci existe t-elle?), à l’acharnement dans le mal ou chacun apporte sa propre touche à l’escalade des coups et des injures, à la créativité humaine qui s’exerce pour le rabaissement de l’autre : lâcheté de Pilate, couronne d’épine, manteau de pourpre, crachats, chemin vers le Golgotha, clous, agonie.

« Voici l’homme ». Le Fils de Dieu laisse faire. Il se laisse faire. Le temps des mots et des signes est terminé ; voici venu le temps du signe de Jonas : le Dieu visible par tous en son fils se fait caché dans un homme défiguré, torturé, anéanti de douleur, qui apprend à aimer l’homme même dans sa folie destructrice, quand l’homme n’est plus que l’ombre de lui-même par ses choix, ses coups, sa justice intolérante et meurtrière. « Je n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats, » écoute t-on chez Isaie, dans la première lecture.

« Voici l’homme ».

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Jésus met tout cela en lumière pour que nous apprenions de lui comment aimer vraiment. Il est la mesure, l’exemple de l’amour véritable, le seul qui est vrai et sur : l’amour infini de Dieu pour les hommes s’incarne pour nous monter le chemin. Il apprend l’amour jusque dans ses retranchements : le pardon libre, gratuit, libérateur, en regardant ses bourreaux en face. Comment ont-ils pu soutenir un tel regard ?

« Voici l’homme ».

Père Daniel RIGAUD